
Depuis un mois, des collégiens ont des cours des plus interactifs sur l’écriture et la lecture avec l’intervention de conteurs dans leur classe.
La conteuse Magda Kossidas conte chaque semaine à une classe de sixième du collège Jean-Emond: le prétexte à de multiples travaux de vocabulaire, d’écrire, d’imagination…
Il était une fois, ce mardi, une classe de 6e du collège Jean-Emond de Vendôme. Chaque élève, assis à sa table, sans un bruit garde les yeux fixés vers une unique interlocutrice qui va et vient devant le tableau blanc. La voix de la conteuse Magda Kossidas interroge: « Et toi, pourquoi es-tu là? » « Parce que j’ai donné la parole! », répondent spontanément deux ou trois voix. La séance est lancée. « À chaque fois il y a un thème, cette fois, c’était sur la parole comme il y avait une journaliste aujourd’hui, qui est “porte-parole”, on a lancé une petite discussion sur le sujet, sur ce qu’on fait avec la parole: on la donne, on la prend… »
Pour toute leçon, Magda Kossidas a ses contes et est épaulée par la professeur de français Claire Laloue qui souffle parfois des explications aux mots mal compris. « La dernière fois, il a fallu expliquer “bâtard” lorsqu’on leur a conté l’épopée d’Ulysse. Hormis l’insulte, ils n’avaient pas idée de ce que c’était. » Bâtard, dans sa forme comprise et enregistrée au dictionnaire a donc été ajouté aux trousseaux de mots que se constituent ces 6e, chaque mardi depuis la rentrée de janvier. Le jeu est relancé à chaque séance, après les contes, Magda pose sa rituelle question « et alors, une histoire, à quoi ça sert? ».
Au fil des heures, la liste s’allonge. Jusqu’ici, les élèves ont conclu que les histoires servaient à échanger, à discuter, à rêver, à voyager, à avoir confiance en soi… Autant d’idées qui deviennent mots et phrases inspirés grâce à l’écoute de contes. Mardi, les élèves ont été emmenés par la conteuse d’une grande forêt où vivait une famille au Royaume de Corinthe où Arione le chanteur respecte sa promesse. « Moi j’ai préféré le deuxième parce qu’au moins il montre qu’on peut tenir ses promesses. »
Écouter, écrire, dire
La classe est partagée, surtout pour la première histoire puisqu’il est aussi question d’un loup gentil. « Et comment vous l’auriez terminé, vous, l’histoire? » Les idées fusent, la cloche retentit. « À tout à l’heure! » Chaque mardi, la conteuse voit ces élèves pendant deux heures, « sauf une fois par mois où ils rencontrent d’autres conteurs ».
Grâce à ces différents intervenants, ils vont appréhender d’autres dimensions, des histoires qui peuvent être écrites, chantées ou racontées pour faire rire. « C’est un cycle où on leur apprend d’abord à écouter, ensuite à écrire puis à dire », détaille Magda Kossidas. Pour la première fois, l’expérience va se poursuivre sur une année complète, jusqu’en janvier prochain. « Il y aura un passage de relais entre les anciens et les nouveaux sixièmes », détaille Sophie Bouchard, enseignante documentaliste du collège.
Magda comme les autres intervenants sont des professionnels du Clio, conservatoire contemporain de littérature orale basé à Vendôme. La structure se charge de la logistique, de mettre en place un programme avec les enseignants qui correspondent aussi au programme de la matière. Enfin, dernier travail mais non des moindres, celui de la recherche de financements. « Si vous pouviez le mentionner, notre projet a été retenu avec six autres par la fondation HSBC pour l’éducation, c’est elle qui permet de financer ces heures », rappelle Julie Joyer, de la communication du Clio. On a promis de ne pas oublier de le mentionner parce que, comme le chuchotait la conteuse. « Qu’il est difficile de partir léger quand on n’a pour tout bagage qu’une parole donnée… »
Aziliz Le Berre
